La douleur de l'enfant

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Enquête sur la prise en charge de la douleur lors des prélèvements sanguins dans les laboratoires d’analyses

Extrait des actes du colloque UNESCO 2002 « La douleur de l’enfant, quelles réponses ? », Paris

Nicole Dreyer-Muller - École de Puériculture - Strasbourg
Dr. Christian Copin - Hôpital Léon Binet - Provins

L’information sur la douleur de l’enfant et sur les moyens pour la prévenir ou la traiter est actuellement largement diffusée auprès des personnels médicaux et paramédicaux soit en formation initiale, soit en formation continue.

Il nous a semblé important de nous intéresser à d’autres professionnels que les médecins et/ou les infirmiers, et notamment à ceux qui sont également confrontés à la question de la prise en charge de la douleur comme par exemple les professionnels exerçant dans les laboratoires d’analyses.
Notre question de départ est la suivante :
Est-ce que les professionnels travaillant dans les laboratoires ont des informations suffisantes pour

  • Vérifier, à la prise de rendez-vous, si un anesthésique local a été prescrit à l’enfant avant la prise de sang ?
  • Répondre aux questions des parents à ce sujet ?

Nous avons mené une enquête auprès des laboratoires dans les départements de Seine et Marne, du Bas-Rhin et dans les 11e,12e et 16e arrondissements de Paris. Nous avons au total 153 questionnaires.

A. PRÉSENTATION DU QUESTIONNAIRE
NOM DU LABORATOIRE :
VILLE :
DATE :
Nom de l’investigateur :

  1. Mon enfant de 2 ans 1/2 doit subir un bilan sanguin avant une opération (végétations). À part être à jeun, y a-t-il quelque chose à faire ?
    (si emla évoquée, passer à la question 5) (non, rien, en ce cas question 2)
  2. Est-ce que ça va lui faire mal ?
  3. Y a-t-il quelque chose qui empêche d’avoir mal ?
  4. On m’a parlé d’une crème qui endort la peau. Qu’enpensez-vous ?
  5. Comment fait-on en pratique ?

Noter :

  • Durée d’application ?
  • Quelle localisation ?
  • Comment se la procurer ?

B. RÉSULTATS DU QUESTIONNAIRE
1. À QUEL MOMENT EST-IL QUESTION DE EMLA® ?
La personne du laboratoire a évoqué la crème anesthésiante EMLA® lors d’une des questions de l’entretien

Question Nb de réponses Pourcentage
N°1 : Y a-t-il quelque chose à faire ? 32 21 %
N°2 : Est-ce que ça va lui faire mal ? 37 24 %
N°3 : Y a-t-il quelque chose qui empêche d’avoir mal ? 65 42 %
N°4 : On m’a parlé d’une crème qui endort la peau 14 9 %
N°5 : Ne connaît pas 5 3 %
Total 153 100 %


Seulement 20 laboratoires demandent si le médecin a prescrit un patch ou de la crème. 1/5e des laboratoires proposent EMLA dès la première question, la moitié propose EMLA à la troisième question et 3 % des laboratoires ne connaissent pas EMLA.

2. OPINION DU LABORATOIRE SUR LA DOULEUR DE LA PRISE DE SANG
La douleur du prélèvement a été classée en 3 niveaux à partir de la question : Est-ce qu’il aura mal ?

Niveau Nb de réponses Pourcentage
Non douloureux 46 38 %
Intermédiaire 58 48 %
Douloureux 18 15 %
Total 122 100 %


Pas de réponses dans 31 cas (le plus souvent il s’agit de laboratoires qui avaient conseillé d’emblée EMLA et auxquels la question n’a pas été posée). Parmi les laboratoires qui avaient répondu oui, ça va faire mal :

  • 7/18 avaient parlé d’EMLA dès la question : Y a-t-il quelque chose à faire ?
  • 3/18 avaient parlé d’EMLA à la question : Est-ce que cela va lui faire mal ?
  •  8/18 avaient parlé d’EMLA à la question : Y a-t-il quelque chose qui empêche d’avoir mal ?

Sur 153 laboratoires interrogés, 40 ont cité le nom EMLA, les autres ne connaissaient pas le nom de la crème ou du patch et dans 35 cas la réponse était : ça s’appelle un patch.

3. EXPLICATIONS DONNEÉS
Les réponses à la question : « Comment fait-on en pratique ? » ont été analysées en 4 groupes : 

Type de réponse Nb de réponses Pourcentage
Le laboratoire donne des renseignements corrects* 77 54 %
Le laboratoire donne de mauvais renseignements 23 16 %
Le laboratoire renvoie vers le pharmacien 35 25%
Le laboratoire renvoie vers le médecin traitant 7 5 %
Total 142 100 %

* (temps de pose, emplacement, demande éventuelle de passer au labo pour mettre le patch ou la crème).

Parmi les laboratoires qui proposent EMLA

  • la moitié connaît l’utilisation et donne des renseignements corrects,
  • 1/6 donne des renseignements erronés,
  • 1/3 renvoie les parents vers le pharmacien ou le médecin traitant.

4. QUELQUES PHRASES
La plus fréquente : 35 fois.

C’est une prise de sang (ou une petite piqûre), c’est comme pour vous.

Les « contre » :

  • Les infirmières n’aiment pas trop, ça ramollit la peau.
  • Quand on arrache le patch l’enfant hurle et en dessous c’est gras.
  • Les histoires de patch ? On ne sait pas sur quel bras, ça insensibilise tellement qu’on a du mal à trouver et ça prend du temps, et ça glisse.
  • Le technicien n’aime pas car c’est gras.
  • C’est de l’homéopathie.
  • C’est plus un placebo.
  • Ça dérange plus que ça arrange le technicien, l’aiguille glisse sur le bras.
  • C’est un gros sparadrap qu’il faut enlever après et en plus on ne voit plus la veine.
  • Ça ramollit les chairs, ça macère, ça fait des faux plis ; il faut quand même piquer l’autre bras ; on est pas à votre place, c’est vous qui décidez.
  • Avec ou sans c’est pareil, il se débattra, ça ne change pas grand chose.
  • Ils ont mal avant mais jamais pendant, crème ou pas crème il aura peur quand même.
  • C’est déconseillé pour les tout petits.

Les « fatalistes » :

  • Lui faire mal ? ben oui on est obligé.
  • Il faut espérer qu’il aura les veines bien sorties ce jour-là.
  • Ca va pas lui faire plaisir, ça dure 2 min.
  • Il ne va pas être très content.
  • C’est un enfant on peut pas savoir si ça lui fait mal, mais quoiqu’il arrive on a du personnel (pour le tenir).
  • Comme c’est une première fois il ne va pas être traumatisé.

« C’est plutôt psy » :

  • Ce qui lui fait peur c’est les blouses blanches.
  • C’est vous qui êtes inquiète.
  • C’est les mères qu’il faut calmer.
  • EMLA ? : il y a des mamans qui préfèrent, si ça peut vous rassurer.

Ces quelques phrases démontrent bien que les connaissances ne sont pas acquises et que les représentations classiques du déni de la douleur fonctionnent aussi dans d’autres groupes professionnels.

C. CONCLUSION
Cette enquête met en évidence la nécessité de sensibiliser et d’informer les professionnels des laboratoires sur les questions de la douleur et de sa prévention. La vérification de savoir si l’enfant a une prescription d’anesthésique local avant la prise de sang est loin d’être généralisée. Il faut une sollicitation plus précise de la part des parents, en évoquant la notion de douleur, pour obtenir une proposition.

Pour promouvoir la prise en charge de la douleur nous faisons la proposition à Pédiadol d’élaborer une plaquette spécifique pour les laboratoires d’analyses. Nous souhaitons qu’au moment de la prise de rendez-vous par les parents il soit systématiquement fait référence à la crème anesthésiante avant la prise de sang.


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