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Allaitement ou complément de lait maternel pour la douleur provoquée par les soins

Résumé d’une synthèse de la Cochrane Collaboration (2012)

MÀJ : 27 mai 2014

Shah PS, Herbozo C, Aliwalas LL, Shah VS
Breastfeeding or breast milk for procedural pain in neonates
Cochrane Database Syst Rev 2012 ; 12 : CD004950

État des lieux
Les modifications physiologiques induites par la douleur peuvent contribuer au développement de morbidité chez les nouveau-nés. Les études cliniques ont montré que l’administration préventive d’antalgiques dans les situations où le nouveau-né ressent de la douleur ou du stress permet une réduction des modifications des paramètres physiologiques et des scores de douleur. Dans ce but, sont utilisées à la fois des techniques non pharmacologiques (portage, enveloppement et allaitement) et pharmacologiques (comme le paracétamol, les solutions sucrées et les morphiniques).

Objectifs
L’objectif principal est d’évaluer l’efficacité de l’allaitement ou d’un complément de lait de mère pour réduire la douleur induite par les gestes chez le nouveau-né.
L’objectif secondaire était de mener des analyses en sous-groupes selon le type de contrôle, l’âge gestationnel et la quantité du complément de lait maternel administré.

Méthodes
Une étude de la littérature a été menée en utilisant les bases de données suivantes : Registre central de la Cochrane, MEDLINE, EMBASE, CINAHL, les abstracts issus des congrès annuels de la Society for Pediatric Research et les actes des congrès de douleur pédiatriques.

Critères de sélection
Étaient éligibles, toutes les études randomisées et contrôlées étudiant l’allaitement maternel ou l’administration d’un complément de lait maternel versus l’absence de traitement ou d’autres mesures chez le nouveau-né. Les études devaient mettre en évidence des marqueurs physiologiques de douleur ou des scores de douleur validés.

Recueil des données et analyse
La qualité méthodologique des études a été évaluée grâce aux informations contenues dans les études ou obtenues directement auprès de l’auteur.

Résultats principaux
Parmi les 20 études éligibles, 10 évaluaient l’allaitement maternel et 10 les compléments de lait maternel. Il s’agissait pour 16 études de prélèvement au talon et pour 4 de prélèvement veineux.
Les nouveau-nés du groupe allaitement avaient de façon significative une élévation moindre du rythme cardiaque, une réduction du temps de pleurs et une durée réduite du premier cri et du temps total de pleurs en comparaison du groupe positionnement (emmaillotement et berceau), portage maternel, placebo, tétine avec ou sans solution sucrée.
Les scores PIPP étaient significativement plus bas dans le groupe allaitement que dans les groupes positionnement seul ou associé à un placebo ou une solution sucrée.
Les scores DAN sont significativement plus bas dans le groupe allaitement comparé au groupe placebo ou au groupe portage mais non significatifs quand comparés au groupe solution sucrée. L’échelle NIPS était significativement plus basse dans le groupe allaitement comparativement au groupe sans intervention mais pas comparé au groupe solution sucrée. L’échelle NFCS était significativement plus basse dans le groupe allaitement comparé au groupe solution sucrée, tétine, portage ou pas d’intervention mais aucune différence n’a été trouvée en comparaison avec l’allaitement artificiel.

L’administration de supplément de lait maternel montre des résultats variables. Les nouveau-nés dans le groupe supplément ont de façon significative une moindre augmentation du rythme cardiaque, une diminution de la durée du cri et un score NFCS plus bas comparé au groupe placebo. Les nouveau-nés du groupe supplément de lait maternel ont une moindre augmentation du rythme cardiaque comparés au groupe solution sucrée. L’administration de solutions sucrées quelles que soient les concentrations (12,5, 20 et 25 %) est associée à une réduction de la durée du cri comparativement au groupe complément de lait maternel. C’est le cas aussi pour la glycine, l’usage de la tétine, le bercement, ou l’absence d’intervention. Le lait maternel n’a pas montré son efficacité pour réduire les scores de douleur avec ou sans échelle validée (échelles NIPS, NFCS, DAN) et n’est significativement meilleur que comparé au placebo (eau) ou au massage.

Aucune étude n’a évalué la sécurité et l’efficacité de la répétition de l’allaitement ou de l’administration de complément de lait maternel pour soulager la douleur.

Conclusion
Si possible l’allaitement ou l’administration complément de lait maternel doit être privilégié pour diminuer la douleur induite par un geste douloureux unique chez le nouveau-né, par rapport au placebo ou à l’enveloppement ou à l’absence d’action antalgique.
L’administration de solutions sucrées a une efficacité similaire à l’allaitement pour réduire la douleur.
L’efficacité de lait maternel tiré et administré en supplément pour diminuer la douleur provoquée par les soins devrait être étudiée dans la population des enfants nés prématurément du fait du faible nombre d’études actuellement disponibles dans la littérature ayant montré son efficacité dans cette population.

Commentaire Pédiadol : Cette nouvelle synthèse des études disponibles confirme l’efficacité antalgique préventive de l’allaitement, avec une efficacité équivalente à celle des solutions sucrées, pour diminuer la douleur d’une effraction cutanée chez le nouveau-né à terme ou prématuré.
L’administration de lait maternel à la place des solutions sucrées ne peut actuellement être recommandée (efficacité incertaine, études à poursuivre).

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